Dès l'origine de cette volonté de ré-invention des instruments qui anime l'AEH, s'est affirmée une identité musicale : celle des musiques harmoniques. À travers un répertoire de créations microtonales, utilisant la totalité du spectre des intervalles naturels, les musiques harmoniques ont comme intention de redonner aux sons, et aussi aux rythmes, toute leur richesse planétaire originelle.
Dans les musiques occidentales actuelles, l'intonation est généralement considérée comme acquise, et le tempérament égal conventionnel à 12 sons par octave comme suffisant pour exprimer toutes formes musicales. Les musiques harmoniques au contraire disposent d'un choix infini d'intervalles et de systèmes d'intonations, sachant qu'il n'y a pas d'espace dans le spectre sonore où il n'y ait pas d'harmonie, à condition que celle-ci soit mise en situation d'écoute au moyen d'instruments appropriés. Au-delà des genres et styles musicaux, et parallèlement au mouvement encore plus vaste des musiques d'intonation juste, dans lequel, tout en y ajoutant d'autres types d'exigences elles s'inscrivent complètement, les "musiques harmoniques" telles que les définit Jacques Dudon se rejoignent au niveau de deux aspects déterminants :
Pour tendre vers ces résultats, et libérer les possibilités harmoniques des instruments, Jacques Dudon a développé au cours des années de nombreux outils de création tonale, comme :

Décaphone Surak-Nat-Buzurg, J.Dudon (1997), pour le guitariste
Didier Aschour (Ensemble de Musique
Microtonale du Thoronet)
(de la corde ré : 1/1 13/12 8/7 26/21 55/42 39/28 3/2 34/21 12/7
13/7)
Ces outils ont fait l'objet de nombreux articles, et un ouvrage est actuellement en préparation, qui en rassemblera les principales applications. Par ailleurs, une formation à l'intonation juste a été régulièrement transmise au travers de 41 stages et de nombreux ateliers (voix et instruments) entre 1992 à 1999, qui s'est finalisée pendant l'été 1999 au Thoronet sous la forme d'un cursus de perfectionnement aux pratiques harmoniques, dont une dizaine de stagiaires ont obtenu la certification.
Le Projet Limite harmonique 5
L'Atelier psychoacoustique de l'AEH, qui se réunit à 16h chaque premier
samedi du mois, entreprend en 2007 une étude approfondie du système microtonal
implémenté dans l'instrument mythique conçu par Alain Daniélou avant sa mort,
le Semantic Daniélou.
Réalisé par Christian Braut, Michel Geiss et Philippe Monsire,
le Semantic Daniélou est un clavier électronique permettant l'expression de 36
sons par octave, au moyen de deux claviers MIDI du type accordéon à
boutons et d'un synthétiseur Kurzweil K2000. L'accord par défaut
est une échelle d'intonation juste de limite harmonique 5 (acceptant
certaines puissances du facteur 5), un système dit aussi "schismique"
(car basé sur la coïncidence très fine 32805/32768), et qui
contient les 22 srutis indiens.
L'étude envisagée s'orientera vers les applications musicales, psychoacoustiques
et musicologiques de ce système harmonique (modélisation de certains
ragas notamment) et se concrétisera par un rapport pédagogique des expériences
réalisées, illustré d'exemples sonores.
Prêté par le Centre Alain
Daniélou à l'AEH, le Semantic Daniélou sera au coeur de la nouvelle création de l'Ensemble de Musique Microtonal du Thoronet : Semantic Works
(renseignements : 04 94 73 87 78).
clavier du Semantic